WASTE manga seinen – making of chapitre 5 page 1 – AUDIO FR


Salut à tous c’est Manga Tengu,

Bienvenue dans cette vidéo making of de la première page du chapitre 5 de WASTE. Dont l’image que vous voyez fait partie.

Cette vidéo présente 4 phases :
1 Esquisse
2 Line art
3 Hachurage et bulles
4 Ajout de textures & trames

La phase préliminaire de storyboarding n’est pas couverte puisque le storyboard est réalisé dans la vidéo précédente : https://www.youtube.com/watch?v=oQ2bRSJzGCc

Mais je vais tout de même commenter le découpage de la page, puisque je n’ai pas eu l’occasion de le faire dans la phase de storyboarding qui est trop accélérée pour que je puisse commenter chaque page).

Le découpage de cette première page est symétrique et s’articule autour d’un élément central.
En effet pour que le lecteur puisse suivre il faut que les personnages restent placés dans les mêmes orientations.
J’ai fait quelques dessins pour expliquer mon propos. Dans cet exemple deux personnages A et B sont en présence.
Lorsque l’on place les vignettes avec les deux personnages vus sous le même angle. On a l’impression qu’ils se suivent car on a vu l’autre image juste avant. Sinon on aurait juste l’impression que chacun parle tout seul.
Lorsque l’on place les vignettes avec les deux personnages vu sous des angles différents, on a l’impression qu’ils se tournent la tête avec A qui semble regarder à gauche et B qui semble regarder à droite. Ça peut refléter une opposition, si on a par exemple un personnage C au milieu qui cite chacun de ces deux personnages.
Par contre si on change le point de vue sur le personnage A pour donner l’impression qu’il regarde vers la droite on a tout d’un coup la sensation d’un dialogue ou d’une confrontation psychologique alors que physiquement les deux personnages sont l’un derrière l’autre.
Maintenant quand on fait un storyboard on essaye de varier les découpages et les points de vue. Cependant cela aussi doit être fait de manière pertinente. Je m’explique encore en image.
Dans cet enchaînement on casse la sensation de dialogue. Tout d’un coup on véhicule la sensation que les personnages se tournent la tête ou regardent n’importe où.
Dans celui ci on a l’impression que c’est A qui tourne la tête ou carrément le dos. En plus avec les expressions de visage on dirait qu’il fait la gueule et que B essaye de le consoler.
Enfin, si on répète exactement la même ligne, on dirait un découpage monotone de débutant. Alors comment rendre ce dialogue intéressant tout en préservant sa compréhensibilité ?
On insère un élément tierce autour duquel s’articule le dialogue !
Maintenant j’ai horreur des à peu près non assumés. C’est à dire que dans un cas comme ça où on a d’évidence une symétrie, j’aime que le découpage soit parfaitement symétrique, et non fait à l’œil à peu près. J’ai donc découpé les vignettes du haut pour les symétriser en bas ensuite.

1 L’esquisse
C’est là que ça se joue. C’est là qu’on dessine vraiment. Si l’esquisse n’est pas intéressante, est mal cadrée, les proportions du dessin sont foirées, c’est là que ça se joue. C’est donc un moment crucial. Pourtant c’est le moment où je me sens le plus créatif. Le trait n’est pas précis. Je me concentre sur tout ce qui fait que le dessin sera bon hormis la finition. Donc c’est vraiment une phase créative.
La chose qui aide à ne pas se laisser emporter par le soucis du détail ici, c’est que je dessine avec une intuos et non une cintiq. Je peux m’asseoir en arrière à l’aise comme si j’étais dans un transat et dessiner sans me soucier du trait. Par contre les symétries à observer doivent être nickel. Les poses et les proportions doivent être au poil et les cadrages doivent être les bons.

2 Le line art
Je le fais dans manga studio. Les lignes sont propres et le logiciel gère bien la mémoire RAM de mon pc. Le line c’est vraiment une phase élastique. On peut passer un temps fou pour obtenir un crayonné très très précis avant l’encrage, ou on peut juste balancer quelques repères pour improviser à l’encrage.
L’enjeu pour moi, surtout quand je dessinais sur papier, c’était d’être capable de me contenter d’un crayonné très léger pour aller plus vite et laisser un peu de liberté à ma main durant l’encrage. Pour moi c’est vraiment une preuve d’expérience de pouvoir se contenter d’un crayonné sommaire. Et puis c’est surtout super class. Ça ne veut pas dire que si on en est pas capable on est un débutant. C’est juste une capacité optionnelle qui permet de gagner du temps. Certains dessinateurs sont très bons, et pourtant ils ne savent pas encrer un dessin dont le crayonné est peu précis. Pour moi c’est comme un adulte qui roule avec un vélo avec des petites roulettes sur les côtés pour ne pas tomber. Ça l’empêche pas de rouler, mais s’il avait fait l’effort il aurait pu s’en passer et gagner beaucoup de degrés de liberté dans ses mouvements.
Le danger sur papier c’est évidemment de faire un crayonné trop léger pour nos capacités d’improvisation et de louper l’encrage en conséquence. Mais maintenant avec l’informatique, le contrôle Z a effacé ce risque.

3 Hachurage et bulles
Ensuite il y a l’encrage. Toujours dans Manga studio pour les mêmes raisons. C’est aussi une phase élastique pour des raisons d’expression. Certains ont besoin de dessiner des choses très détaillées, d’autres moins. Certains ont besoin de propreté, d’autres préfèrent le coté brut de décoffrage. Certains sont maniaques de la hachure, d’autres mettent une ou deux trames s’ils y sont obligés et basta. C’est là que la patte de l’artiste se fait le plus ressentir et qu’on définit le cachet, la personnalité visuelle de la bande dessinée. Bref c’est super important.
Personnellement je suis un féru de hachures. J’aime vraiment beaucoup ça. Le problème c’est que quand je fatigue, je dois rester consistant dans ma manière de hachurer. Si je baisse le régime ça se voit directement et ça le fait pas !

4 Ajout de textures & trames
Pour ce qui est

Enfin, sachez quant à tout ce que je viens de dire dans cette vidéo. C’est un script qui m’a pris beaucoup de temps à formaliser, mais dans la réalité un dessinateur pense ça inconsciemment en un instant. Concevoir cette page dans ma tête m’a pris peut être 15 secondes. Et produire la page entière a pris moins de temps que de revenir dessus en l’expliquant en vidéo. C’est comme une explication de texte. L’auteur a pu écrire les choses en 5 minutes, la prof de Français vous en parle pourtant pendant une semaine. Bref vous l’aurez compris, en réalité la conception d’une page n’est pas forcément issue d’une longue réflexion torturée et sophistiquée.

Entre la vidéo précédente et cette vidéo il n’y a pas eu de question particulière de la part des lecteurs, Le sujet de la prochaine vidéo n’est donc pas encore défini. Alors si vous voulez me voir répondre à vos questions, posez les dans les commentaires.

Voilà j’espère que la vidéo vous a plu et que les explications sont claires. Je n’avais pas prévu de faire cet aparté sur le découpage de la planche mais j’espère que c’est utile et facile à comprendre. Comme d’habitude, pour soutenir WASTE et mon action en temps qu’auteur indépendant, prenez une seconde pour vous abonner, liker, partager etc sur vos réseaux sociaux préférés. Les liens sont dans le crédit de fin de la vidéo ! Là où il y a du son !
Merci et à bientôt dans les commentaires pour les audacieux et à la prochaine vidéo basée sur les commentaires des audacieux pour ceux qui sont timides !